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09 Apr 2020

L'heure H

C'est l'heure H ! Laquelle ?

C'est l'heure de l'Homme, avec un grand H ?
Non, l'humanité s'est perdue dans les méandres de ses vicissitudes.
C'est l'heure de notre Habitat, notre Terre ?
Non, nous reprendrons sa destruction sous peu.
C'est l'heure d'Halloween, mais pour de vrai ?
Non, le pire est encore à venir.
C'est l'heure du Harcèlement, celui de nos cœurs et de nos cerveaux ?
Oui et non, ça, c'est tout le temps, les médias à la botte.
C'est l"heure de l'Hédonisme ?
Non, ça aussi, c'est tout le temps, partout et sous toutes les formes !
C'est l'heure de la Hiérarchie ?
Non, elle a fait la preuve de sa désintégration hégémonique.
C'est l'heure de l'Hypocrisie ?
Non, nous n'avons plus le temps pour ces illusions.
C'est l'heure de l'Humour, ou de l'Humeur ?
Non, même si cela fait du bien un instant.
C'est l'heure de l'Histoire, la seule qui restera écrite ?
Par qui ? Selon qui répondra, ce sera sûrement non.
C'est l'heure de l'Honneur, ou de l'Honni ?
Ni l'un ni l'autre, notre civilisation a oublié ce que cela veut dire.
C'est l'heure de l'Horoscope ?
Point besoin de boule de cristal pour connaître l'avenir qu'ils nous préparent.

Non, cela pourrait être l'heure de l'Hydroalcoolique.
Cela pourrait être l'heure de ces Héros :
Dans les Hypermarchés
Dans les Halls de gare, des postes
Près des Hayons des transporteurs
Dans les Hôpitaux

Nous serons Hypermnésiques
Nous serons Hypersensibles
Nous ne serons pas Hypocrites
Nous ne serons pas Hypnotisés

Et vos excuses Hypothétiques
Ne ferons pas oublier votre Hébétude quand on attendait de vous d'agir

Et cela sera notre Hystérésis

Nous n'oublierons jamais les causes ni les conséquences
Nous serons résilients

Nous ne perdrons pas une seconde, ce sera notre Heure !

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04 Apr 2020

Je souffre tes noms

Nos vies sont des mirages
De leur ego un marécage
Profits en déstockage

Oubliée Liberté
Abandonnée Égalité
Perdue Fraternité

Applaudissez les blouses
Lors qu’avant c’était vos barbouzes
Protégeant vos bagouses

Suturer Liberté
Capituler Égalité
Crever Fraternité

Redresser son visage
Ignorer la peur le gazage
Vers un nouveau rivage

Épargner Liberté
Réincarner Égalité
Oser Fraternité

Le peuple émancipé
Approuvant en tout l’Équité
La Solidarité

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31 Mar 2020

Haïkus

Alors que le temps
Immobilise le vent
L'esprit se détend


Ici, maintenant
Plus réel que n'est demain
Vivre est un présent


Cet enclos physique
Ce ne sont que quelques murs
La vie est magique

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19 Feb 2020

Jusqu'au bout

La barque aux voiles nues prend l’eau de toutes parts
L’écume s’affole, visage ruisselant
La fatigue fissure son tout dernier rempart
Le corps ne tient plus debout, l’esprit chancelant

Et pourtant les rames restent en mouvement
À frapper la surface d’un monde infini
Coquille de noix dans un total dénuement
Pourtant affaibli, il n’est pas dans le déni

Son regard au-delà des vagues souterraines
Certainement pas par espoir ni par folie
Il brise les lames marines et ses chaînes
Rien ne l’arrêtera, pas même l’homélie

La vie, le vent poussent sa maigre embarcation
Comme le sang afflue à son sombre visage
Ses yeux sont fixes mais pas dans l’expectation
Son regard abrite un océan de courage

Qu’importe si les fonds abyssaux se font lit
Il aura vécu, il aura lutté et rit
Ses pleurs se sont effacés, sa peau a bruni
L’intention précédant l’action, là, il sourit

Il pousse encore son esquif vers l’horizon
Jusqu’au bout, il se bat et n’abandonne pas
Peu importe si, de lui, on aura raison
La peur se surmonte s’il n’emboîte son pas

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21 Nov 2019

Votre pire ennemi

Votre premier ennemi

Se cache au plus profond
Tapie dans les bas-fonds
Et ce n’est que votre esprit

Plutôt qu’haïr ainsi l’autre 
Décompte en division 
Osez voir l’illusion 
Ce miroir où il se vautre 

Choisir lequel des suicides 
L’humanité complète
Sur écran de tablette
Ou votre argent fratricide 

Ériger une barrière 
Visible ou invisible 
Entre vous et les cibles 
Ou briser là vos ornières 

Ces mille petits dégoûts 
Empoisonnent vos nuits 
Arbre sans aucun fruit 
Et le temps se joue de vous 

L’autre n’est pas moins que vous 
Par vos interactions 
Sa vie n’est pas fiction 
S’isoler, c’est être fou 

Se partager un gâteau 
Fait craindre de manquer
Pour fuir la pauvreté 
L’exclusion est démago 

Mais c’est hélas oublier 
Le vide est infini 
Les rangs des démunis 
Ne fait que se décupler 

Qu’allez-vous sacrifier 
L’humanité entière 
Ou votre ego si fier
La Vie, la Peur : Qui défier ?

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Citation de De Guiche dans Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand :
Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie
On veut, - n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal ! -
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure,
Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés
Un bruit d’illusions sèches et de regrets...

18 Nov 2019

Notre société

Notre société (nouvelle)

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Chapitre 1

Cinq heures du matin. Il se tire de sa paillasse, la tête entre les mains, les coudes sur les genoux. Il reste ainsi plusieurs secondes. Il voudrait se recoucher. Il doit se lever pour réveiller les enfants qui dorment à côté, sur des matelas à même le sol. Alors il enfile son pantalon, sa chemise aux manches élimées, et il se met à genoux, priant pour que les enfants aient bien dormi. Le repas d’hier soir était un peu léger, comme d’habitude. La nuit a sans doute calmé la sensation désagréable d’un ventre peu rempli. Il pose sa main sur l’épaule de l’aînée, secouant légèrement l’enfant de douze ans. Elle entrouvre les yeux, sourit à son père et acquiesce de la tête. Il glisse d’un pas de côté et pose sa main à son tour sur l’épaule de son jeune fils. Il ronchonne, se frotte les yeux. À cinq ans, il est difficile de devoir se réveiller si tôt.

    Ce matin, il y a du pain au petit-déjeuner.

Le visage s’illumine. Le pain n’était pas là hier soir, lors du dîner. C’est un ami qui est passé tard dans la nuit, qui le lui a apporté. L’entraide parfois soulage les douleurs un temps.

Les enfants s’habillent vite. De toute façon, ils n’ont pas beaucoup de vêtements et donc de choix. Il tient autant que possible à ce qu’ils ne soient pas vêtus de haillons. Les vêtements sont donc patiemment recousus, réparés comme il peut. Et les quelques dons qu’il reçoit en nature viennent remplacer les tissus trop abîmés.

À peine habillés, lavés, avec un gant de toilette pour trois, une cruche d’eau froide et un bac avec un reste de savon qu’il convient de gérer pour qu’il dure le plus longtemps possible, ils se retrouvent enfin devant le petit-déjeuner. Assis par terre, les jambes en croix, le père distribue les tranches du morceau de pain, réservant plus des trois quarts pour ses deux enfants. Il sait qu’à midi, ils auront un repas partiel donné par l’école, et que lui, il aura droit à une ration lyophilisée mise à disposition par son entreprise. Ce soir, il verra ce qu’il pourra leur donner. Sans doute le reste du pain et la soupe à base des herbes qu’il ramasse au bord de la route quand il rentre du travail.

Il les accompagne jusque devant la grille de l’école. Il ne peut pas s’en approcher, car les consignes de sécurité l’en empêchent. Seuls les enfants, porteurs du badge d’identification qu’ils présentent aux portiques et devant les gardes armés, peuvent passer le dernier check-point. Et une fois passé celui-ci, ils ont encore cinq cents mètres à faire avant d’arriver devant les grilles d’entrées. Sa fille lui a expliqué comment c’était : des portiques biorayonnants qui détectent les possibles infections ou la présence d’objets dangereux. Toujours la sécurité. Qu’un enfant soit malade, et celui-ci est immédiatement envoyé à l’hôpital. Il y a trente ans, cela aurait été une bonne chose. Aujourd’hui, tous les parents redoutent ce moment où un de leurs enfants y serait conduit, pour ne vraisemblablement plus jamais revenir.

Pas question bien sûr d’emmener quoi que ce soit de ludique au sein de l’école, pas question de jouer. Les enfants ne sont pas là pour jouer, mais pour apprendre. Lui, il a de la chance. Ils sont dans une école qui apprend à ses enfants la manipulation des machines-outils qui fabriquent les rations lyophilisées. Bientôt, dans deux ans, sa fille sera en âge de travailler. Elle aura peut-être la chance de pouvoir entrer dans une usine de ce type et ainsi ramener plus de rations, un des privilèges de ce travail.

En attendant, il est le seul à travailler, et le logement d’une pièce est tout ce qu’il peut arriver à payer.

Avant, ils arrivaient parfois à acheter une image, pour égayer les sourires de leurs enfants. Avant, ils leur arrivaient même de se promener le jour mensuel de repos avec eux, le long de la grand-route, là où circulent les belles voitures, pour les voir passer et s’émerveiller de leur couleur, de leur vitesse, de leur forme. Avant, avant que sa femme ne meure dans un accident du travail… Enfin, une faute professionnelle qu’ils ont dit. Elle n’aurait pas appliqué les consignes de sécurité, pourtant écrites dans le protocole de l’entreprise. En même temps, pour les lire, il faut faire une demande en trois exemplaires, mais c’est autorisé, et elle n’a pas pris ce droit, c’est donc sa faute.

Maintenant, il est seul avec ses deux enfants. Maintenant, il n’y a plus qu’un seul salaire, et son ami, qu’il a rencontré à l’enterrement de sa femme, qui lui amène quand il peut des vêtements, rarement, ou du pain, comme hier soir, une fois par semaine.


Chapitre 2

Sept heures trente, le réveil lumineux entame sa course du Soleil virtuel au plafond, laissant à un homme le soin de se réveiller doucement de sa nuit reposante. Il se redresse, enfile sa robe de chambre, réveillé par l’odeur du café qui se diffuse jusque dans sa chambre depuis la salle à manger. Il croise sa fille et son fils qui sont eux aussi debout, en pyjama, se dirigeant vers leur salle de bains respective. À l’approche de la table où le petit-déjeuner est servi, une dame avec un tablier lui dit «Bonjour, Monsieur. Voulez-vous deux tartines de brioches, ce matin ? ». Il acquiesce et s’assoit en se faisant servir son café et sa brioche.

Les deux enfants arrivent et mangent leur bol de céréales, sans le terminer. Ils avalent un jus d’orange fraîchement pressé et retournent dans leur chambre s’habiller. Pour les deux, une tenue réglementaire, de couleur unie, avec des boutons dorés pour refermer leur veste. Lui revêt un costume simple, anthracite, et attrape la sacoche qui l’attend sur le meuble de l’entrée. Les clefs de sa voiture à la main, il fait monter ses enfants à bord.

Les portes automatiques s’ouvrent, laissant voir le ciel bleu perlé de quelques nuages. Le bruit du moteur est un réconfort pour lui. Il aime ce bruit qui lui rappelle ô combien son véhicule est puissant. Il aime tous ces gadgets qui la composent : les vitres teintées fonction de la puissance des rayonnements, l’allumage automatique des phares, le suivi du trafic en temps réel, l’aide à la conduite sur les dépassements, et surtout l’assistance au parking, tant pour se garer que pour repartir.

C’est un jeu qu’il pratique tous les matins, comme une routine habituelle pour amuser ses enfants. Il enclenche le bouton, lève les bras au ciel et laisse la voiture sortir toute seule du garage et se positionner enfin sur le devant de la route, le clignotant déjà dans la bonne direction. Les deux jeunes assis à l’arrière sont à chaque fois comblés.

Il les amène à l’école. Il passe par la route centrale, celle en surplomb de toute la ville et à l’écart des bâtiments en bas. Seules les personnes comme lui ont l’autorisation de l’emprunter. Il faut avoir le bon passe. Il lui aura fallu plus d’un an pour l’obtenir. Une année de difficulté administrative pour finalement arriver à justifier son bon droit et enfin obtenir le sésame pour cette route.

Arrivés à l’école, les barrières automatiques se lèvent, non sans scanner le véhicule et ses occupants. Les deux élèves descendent devant le perron de la cour intérieure et font une bise de la main à leur père. Il repart rassuré. Ils vont encore passer une bonne journée. Son fils aîné a aujourd’hui un cours de littérature du XVIIe siècle. Il s’est préparé pour ce cours avec entrain. Molière, Descartes, Pascal… L’humour et la raison… Quant à sa jeune fille, elle doit voir les poésies et comptines de Jean de la Fontaine, là encore, hasard des programmes, le XVIIe siècle.

Ils pourront faire le métier qu’ils voudront, du moins il l’espère. Ce n’est pas facile de nos jours. Même avec des études, il n’est pas certain de pouvoir réaliser ses rêves. Mais sans études, là, il n’y a aucune chance.

Lui, il a eu du mal à les placer dans cette école. Son travail à l’administration de la gestion des eaux usées n’est pas tellement bien vu. Mais comme il fait partie des cadres, il a pu par un jeu de connaissances faire appuyer sa demande d’inscription. Le fait que leur mère était décédée il y a un an d’un cancer alors qu’elle n’avait aucun facteur de risque avait plaidé en sa faveur : famille sans reproche, père travaillant bien et parent isolé. Tout était réuni pour que ses enfants puissent bénéficier de l’aide permettant l’insertion dans de bonnes écoles.

Lorsqu’il repart vers son travail, il passe sur la route bordant les quartiers défavorisés, car le centre est situé en périphérie de la ville. Souvent il lui arrive de voir sur le bord de la route des gens, parfois avec des enfants, qui sont là, regardant dans sa direction. Il ne comprend pas pourquoi. Pourquoi ces gens-là viennent ici plutôt que d’aller travailler ? Que cherchent-ils à faire ? Il a peur car il craint que s’il devait s’arrêter, ils en profiteraient certainement pour pénétrer dans son véhicule, le voler, voire même le tuer.

C’est pourquoi il préfère ne pas regarder sur le côté de la route. Il préfère rouler le plus vite possible, autant que la vitesse autorisée le lui permette. Mais son œil ne peut s’empêcher de scruter le bas-côté à la recherche d’une ombre se tenant sur ses deux jambes.


Chapitre 3

Durant sa journée de travail, il ne pense à rien. Comment le pourrait-il ? Tous ces gestes automatisés, son cerveau asservi à une machine, il n’est qu’un rouage de chair et de sang qui vient s’ajouter à une mécanique de fer et d’électricité. Son cerveau est bien trop occupé à assurer les fonctions minimales, vitales pour lui. Ces tâches sont de maintenir le bon fonctionnement d’un corps gigantesque dans lequel il se meut, comme il peut, au milieu des bruits de succion, de brasiers. Que la machine s’arrête, ou ne serait-ce qu’un soubresaut, et c’est son travail qui disparaîtra, et avec lui le peu qui lui reste, un salaire qui ne lui permet pas d’espérer mieux qu’un toit et quelques bribes de nourritures.

Alors, il ne serre pas les dents. Il n’en a plus la force. Il ne regarde pas demain comme une promesse, mais il regarde hier comme une journée de plus, en vie. Le soir, quand il rentre, ce n’est pas une famille qui se retrouve et rie, c’est une famille qui se colle les uns aux autres, par manque de chauffage, et qui compte les grammes de pain ou de patates qui restent encore à avaler, pour en garder pour demain soir.

Il ne rêve pas, il ne lit pas, il ne sourit pas. Il respire l’air vicié des moteurs rejetant leurs effluves de production. Il transpire l’huile qui coule le long des tuyaux de pression alimentant les pompes. Il amasse la pellicule sale de la surface de l’eau qu’il vient chercher pour alimenter l’usine un peu plus loin, celle qui fabrique cette nourriture qui viendra alimenter ses camarades, ses frères, ses sœurs, qu’il ne connaît pas et ne connaîtra jamais.

Se révolter ? Il y a plus de trente ans, ses parents avaient essayé. Mais la justice avait été exemplaire. Point de salut pour ces horribles moineaux qui ne savent pas mourir en silence. Il y avait eu la prison, les mesures coercitives en tous genres, comme la perte d’emploi. Il y avait eu également la promesse des aides sociales à ceux qui acceptaient de sauver le modèle de société, plus juste, plus propre. Car en fait, refuser ce modèle, c’était d’une certaine façon être égoïste, être jaloux des biens des autres. L’accepter, c’est être un peuple uni dans une société humaine, où ceux qui se comportent bien ont de quoi vivre.

Et ses enfants vont à l’école. Lui, il n’a pas pu finir ses études à cause de ses parents emprisonnés. Lui, il n’a pas pu bénéficier des moyens sociaux puisque ses parents avaient été contre la loi, contre la communauté. Alors il avait serré les dents, et, grâce à cela, il a la chance de voir ses enfants apprendre un métier. Si tout se passe bien, ils pourront bénéficier à leur tour des aides sociales, et peut-être même que leurs enfants pourront à leur tour espérer avoir un travail et un toit.

Le soir, il est fatigué. Son corps n’arrive plus à suivre la cadence inarrêtable de la machine. Ses oreilles n’entendent plus rien, tant et si bien qu’il a du mal à écouter ses enfants le soir. Ce n’est pas la faim : il a mangé, tout comme eux, à midi. Et les médecins affirment qu’un bon repas par jour, c’est bien suffisant. Cela évite même les risques graves d’obésité, de cancer, de problèmes cardiovasculaires.

Le travail, c’est la santé. Avoir une tâche à accomplir pour la communauté, c’est assurer que l’on en fait partie. C’est participer à la construction d’un avenir, s’assurer qu’hier ne sera pas comme demain. Oui, la santé est primordiale. D’autant plus que si l’on tombe malade, l’hôpital devra chercher la cause de celle-ci. Il ne faudrait pas provoquer une épidémie par irrespect de son propre corps, induire une catastrophe parce que l’on aura ignoré le sort néfaste consécutif à nos actes. Tout à l’hôpital est disséqué, analysé. Et si la faute nous incombe, ce qui est souvent le cas par lâcheté, par faiblesse, alors il ne faut pas s’en prendre aux autres mais qu’à nous-mêmes. La société n’est pas là pour nous, nous sommes là pour elle.

Alors, il vaut mieux tout faire bien, pour éviter de devoir rencontrer les médecins d’état. Ils sont compétents, très compétents. Rien ne leur échappe. Et puis, tout est pris en charge. Alors pourquoi se plaindrait-on ? Mais au fond de lui, il sait qu’il ne vaut mieux pas dépendre de la grâce de l’état. Il n’est pas bon de mendier quand on a son destin entre ses mains. L’individualisme n’est pas utile.

C’est pour cela que des personnes font acte de compassion entre eux. Les vêtements et la nourriture qu’ils reçoivent, sans contrepartie, ne le sont pas. Bien sûr qu’il y a une contrepartie, toujours. Par exemple, pour certains, ce sera réparer un robinet qui fuit. Pour d’autres, ce sera retasser le sable de la rue pour éviter que l’on se foule la cheville en marchant dans un trou laissé par la pluie.

Lui, sa contrepartie, c’est dessiner. Il sait même peindre, mais il n’a pas le matériel pour. Donc il se contente de feuilles de papier, souvent le dos d’affiches obsolètes, et de morceaux de charbon pour seule encre. Il dessine des animaux, des paysages, et il en fait cadeau aux enfants des autres familles. Les plus jeunes d’entre eux uniquement, ceux qui peuvent encore avoir un peu de temps pour rêver, avant de devoir se consacrer à leur tour à la marche commune, au bien-être commun.

Ce soir, il est fatigué. Il rentre à la maison. Cette toute petite baraque en bois, au milieu de milliers d’autres, sans fenêtre pour éviter la déperdition de chaleur, et juste une porte qui ne ferme pas à clef. Pourquoi fermer, il n’y a rien à voler. Lorsqu’il arrive, ses deux enfants, sa fille et son fils, sont déjà là. Ils révisent encore sur l’ardoise de l’école, les travaux consistant à enchaîner correctement les commandes du boîtier de contrôle de la machine à givrer.

Il est fier d’eux. Il fait chauffer sur le petit tas de brindilles en feu l’eau dans une casserole. Il y verse des herbes, sort les bols et les cuillères. Tout le monde mange la soupe, avec les derniers morceaux de pain du matin, secs mais bien agréables dans la soupe chaude et claire.


Chapitre 4

Face à ses statistiques à l’écran, il occupe son esprit autant qu’il peut. Ce n’est pas en craignant l’avenir qu’il améliorera son sort. Il a reçu ce matin un courrier qui l’informait de l’impérieuse nécessité pour améliorer l’efficacité des contrôles sanitaires et l’évident impact sur la qualité de l’eau de revoir les procédures mises en place. Il s’agit de mettre à profit les progrès technologiques pour éviter l’erreur humaine. Il sait au fond de lui que le rapport joint exagère les faits, mais il sait aussi que ce sont justement ses statistiques qui appuient cette note interne.

Moins d’erreurs humaines, plus de sécurité. Il faut donc déterminer, chiffre à l’appui, les sources prioritaires d’infections pour y remédier en remplaçant les contrôles manuels par des prélèvements standardisés et automatisés. Si les chiffres ne mentent pas, il est pourtant difficile d’estimer une relation directe de cause à effet, sachant que la machine ne pourra pas faire état des éléments qu’elle ignore. Il est arrivé plus d’une fois que des contrôles inopinés viennent contredire les résultats cadencés, et pour in fine produire un résultat meilleur. Mais tout ceci, le rapport l’ignore complètement.

Il doit faire son travail et proposer les sites prioritaires. En fait, il n’a rien à faire : les chiffres parlent pour lui et le rapport les a déjà énumérés. Il n’a qu’à valider cette liste, sans se poser de question. Il consulte une dernière fois les valeurs alignées, et remarque qu’un des sites ne semble pourtant pas faire partie des critères énoncés. Son honnêteté intellectuelle, sa rigueur lui demande donc de retirer de la liste celui-ci.

Mais que se passera-t-il s’il le fait ? Il a eu déjà un blâme il y a quelque temps pour ne pas avoir dénoncé un oubli d’un traceur chimique dans des prélèvements d’un des sites des quartiers sud, les quartiers évolués. Il y avait eu une pandémie d’infections à des bactéries et les jolies têtes blondes du quartier avaient dû être retirées de l’école pour quelques jours. Il avait repassé les événements à la loupe de ses données, et il n’avait pourtant rien vu. Un de ses collègues lui avait dit de ne pas s’en faire. Peut-être que c’était la chaîne du froid à la cantine qui n’avait pas été respectée ? Pourtant, il avait bel et bien reçu ce blâme. Et il craignait qu’une nouvelle faute de sa part sur ses propositions, en contradiction avec l’intérêt général, le conduise à perdre ce travail qui était le seul rempart contre la précarité.

Il s’est battu pour cela. Il s’est battu pour l’école pour ses enfants. Il s’est battu pour sa voiture, son appartement. Il n’est pas question que pour un site qui n’en vaut pas la peine, il le retire de la liste.

C’est décidé, la liste est validée, telle que.

Il observe le tableur qui présente les chiffres, la projection du calendrier des mises en place des automates… et le retrait des personnels à ces postes. Il y aura moins d’opérateurs, mécaniquement. Il n’y a aucun chiffrage de ce point. Mais selon ses mêmes chiffres, d’autres sites mériteraient d’avoir plus de contrôles, notamment ceux du nord, plus pauvre, moins bien entretenus. Il est difficile dans ceux-ci d’installer des automates du fait de la vétusté des installations. Il pourrait y avoir un transfert de postes ? Oui, cela permettrait de rationaliser les efforts. Cela améliorerait la qualité globale du service rendu.

C’est ce qu’il ajoute dans son rapport. Il ne contredit pas l’orientation de l’étude. Mieux, il améliore la qualité du service.

Le soir, il rentre chez lui, avec ses enfants dans la voiture. Il est content de lui. Les enfants aussi. Ils ont bien appris leurs leçons et ils racontent Molière ou la fable du loup et de l’agneau.

Demain, il ira avec confiance à son travail, et les enfants avec envie à l’école.


Chapitre 5

Il a faim. Ce matin, il n’y avait plus de pain. Ils ont bu de l’eau froide, car il n’y avait plus de brindilles pour alimenter le petit feu sous le poêle. Il se concentre d’autant plus sur la machine qui pompe l’eau. Plus il oriente son esprit sur ce flux qui remplit les tuyaux alimentaires, moins il pense au vide dans les siens propres. Il faut tenir, jusqu’à midi. Là, il aura sa ration. Tout comme ses enfants, qui doivent à l’heure qu’il est, se tenir aux simulateurs pour éviter d’entendre leur ventre qui danse une farandole sans musique. Seul le tambour du sang qui cogne sur les tempes est important. Tenir ! Encore un peu et ce sera bientôt fini.

Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière. Au moins, il est à fond sur son travail. Il exécute ses tâches comme si c’étaient les dernières et les plus importantes de sa vie. Après tout, il lui arrive parfois de prendre conscience que c’est par son travail que beaucoup mangent aujourd’hui. Sans lui, pas d’eau. Sans lui, pas d’alimentation de la nourricière automatisée.

Complètement absorbé par la manipulation des manettes de gestion des flux, il ne voit pas le téléscripteur sur sa droite qui affiche un message. Il continue de progresser. Il doit améliorer le débit. C’est la consigne du jour. La pression est insuffisante. Il a trouvé une masse de sachets plastiques qui sont venus obscurcir les vannes d’entrées. Il ne sait pas d’où ils proviennent, comment ils sont arrivés là. Ce n’est pas son travail que de savoir pourquoi. Il les retire du collecteur en plongeant ses mains dans l’eau jaunie. Il les place à côté de lui et il rouvre les pompes qu’il a interrompues, le temps qu’il enfonce ses mains à la base de leur bouche géante.

Il finit enfin son opération et se retourne, avec le sentiment du travail accompli. Il regarde la scène, non sans un certain contentement, celui du travail bien fait. Du coin de l’œil, il aperçoit le message qui attend depuis plusieurs minutes sur le téléscripteur. Il en prend connaissance…

Il y est ordonné de ne pas fermer les vannes et de procéder simplement à l’augmentation de la puissance de l’aspiration. Encore un qui ignore que c’était bouché par ces trucs en plastique. Il en saisit un, pour le regarder de plus près. C’est comme une poche lyophilisée, hormis qu’il y a des traces de liquide à l’intérieur, plus jaune encore que l’eau.

Il doit revenir au poste central pour y faire son rapport. Le terminal ne permet pas de retours. Il doit le faire de vive voix à son supérieur. Il emmène avec lui un de ces sacs. Les autres, il les pousse dans l’incinérateur destiné à détruire les déchets d’opérations.

Arrivé dans le bureau de son chef, arguant sa blouse bien propre, celle d’un travailleur de bureau et non comme lui un égoutier, trois hommes sont là en plus de son chef, qui n’a plus son regard autoritaire face à eux. Les trois hommes sont des soldats, en tenue civilisée. Ils ont une arme à leur hanche. Mais quand il pénètre dans l’espace de pouvoir, tous les regards se tournent vers lui, et en particulier celui de son chef, au visage cramoisi. Il vocifère quelque chose du genre : «Qu’as-tu fait ? Tu ne sais pas lire ?»

Il comprend qu’il fait référence à la note du téléscripteur. Il commence à vouloir expliquer ce qui s’est passé, tout en sortant de la poche droite de son bleu de travail le sachet qu’il a rapporté. Il n’a pas le temps de finir son geste que deux des trois hommes se jettent sur lui, le plaquent au sol, enfermant dans un mouvement rapide ce petit bout de plastique dans un sac noir opaque. Il ne comprend pas. Il demande ce qui se passe. Mais on le bâillonne déjà et le chef est prévenu qu’au prochain incident de ce genre, il se retrouvera à son tour soit dans les tuyaux nauséabonds qu’il fuit depuis des années derrière son bureau, soit mieux lui-même plaqué au sol et emmené, comme le père est emmené, menottes aux poignets, un sac sur la tête, les pieds trébuchant sur les marches bien que soutenu par les épaules par les deux agents de la sécurité qui le maintiennent droit.

Ces enfants sont retirés de l’école et placés dans un centre de soutien familial. La société ne peut pas prendre le risque qu’un autre incident se produise, et surtout pas dans une école qui forme les futurs ouvriers au maintien des ressources alimentaires des concitoyens.


Chapitre 6

Il est dans son bureau quand il reçoit un coup de téléphone. Son supérieur lui demande de venir illico. Il ne sait pas pourquoi mais il prend à tout hasard un cahier et un stylo, afin de pouvoir prendre des notes.

Arrivé devant la porte, la secrétaire le fait attendre, sans lui permettre de s’asseoir. Il entend à l’intérieur des voix qui s’élèvent fortement, dont celle de son supérieur. Il semble particulièrement en colère et sur la défensive. Alors que ça se calme, la porte s’ouvre et deux hommes en sortent. Ils sont habillés d’un costume cravate particulièrement cintré. Ce n’est pas un costume cher, mais bien un uniforme, reconnaissable justement à l’absence de sigles portés, et sur la similitude parfaite des deux tenues.

Après quelques secondes, l’homme qui s’est rassis derrière son bureau beugle à sa secrétaire pour le faire entrer. Tremblant, il avance comme il peut, parcourant une partie des dix mètres qui le séparent de la porte. C’est un peu comme un cauchemar, celui du condamné que l’on traîne vers l’échafaud. Ses pieds butent contre le sol, racle la moquette, comme pour retarder l’inévitable.

En quelques minutes, ses dossiers sont passés au crible, sans qu’il puisse ouvrir la bouche. Il s’est trompé dans ses chiffres. Et quant à sa modification du rapport, ses conclusions stupides sur le basculement de ressources humaines sur des centres du nord, c’est un déferlement de noms d’oiseau. S’il pouvait, il s’envolerait loin d’ici, très vite, tout là-haut, dans le ciel. Mais son corps ne dispose pas d’ailes, et il reste cloué sur la moquette brune.

Non seulement ce qu’il a suggéré n’était pas en adéquation avec les besoins, non seulement ses données étaient incomplètes, mais maintenant, par sa faute, toute une production journalière de nourriture allait devoir être détruite suite à une nouvelle erreur humaine. Un empoisonnement grave dans les conduites d’alimentation en eau a compromis les aliments. C’est de sa faute si des milliers de personnes n’ont pas à manger dans les jours qui viennent.

Il veut se défendre mais un geste de la main l’en dissuade. Son chef se calme un peu et dit :

«Je sais que vous avez deux enfants à charge. Je ne voudrais pas que cela pèse sur leur avenir. Je vais devoir prendre une sanction, mais je vais voir ce que je peux faire pour ne pas impacter vos deux marmots.»

C’est tout. Un autre geste et il doit sortir, sans avoir pu prononcer un mot, sauf un «merci» de circonstance.

Déjà, à son poste de travail, l’ordinateur est éteint, ses accès retirés. Il doit quitter le bureau. Une mise à pied immédiate a été ordonnée et concrétisée pendant ces quelques minutes écoulées, au plus un quart d’heure en tout et pour tout. Un quart d’heure avant, il envisageait l’achat d’une télévision pour le foyer. Maintenant, il va devoir prendre sa voiture, sans doute une des dernières fois. Il ne pourra plus aller aux stations essence disposées pour les travailleurs de la collectivité.

Bien que parti tôt du travail, il arrive en retard à l’école car l’accès à la route centrale lui a été retiré. Il a dû faire un long détour. Il a eu peur de ne pas pouvoir accéder au parking de l’école, mais son supérieur a tenu sa promesse : ses enfants y sont toujours inscrits et donc lui y a toujours accès. Cependant, il commence déjà à anticiper que d’ici quelques semaines, par manque d’essence, ils devront prendre les transports en commun, soit ajouter plus d’une heure trente au trajet complet.

Ce n’est pas un drame, ils ont connu cela avant. Mais combien de temps sera-t-il mis à l’écart ? Combien de temps avant qu’on ne lui donne un nouveau poste, sans doute moins bien payé ?

Il ne veut pas y penser. Il a fait une erreur. Il ne sait pas trop laquelle, mais manifestement sa négligence a provoqué un incident grave dans la chaîne d’alimentation.

À la radio, une fois que les enfants sont couchés, il écoute les nouvelles. Elles ne sont pas bonnes. Les mesures de sécurité vont être encore renforcées. Heureusement que le gouvernement nous protège. Heureusement qu’il y a encore des gens à notre tête qui pensent à tout. Et qui ont du cœur, puisque ses enfants vont pouvoir continuer à aller à l’école…


Chapitre 7

Le soldat rentre chez lui, retrouver sa petite famille. Sa femme et son jeune fils, dans une tour de cinquante étages, au sein de l’unique pièce, attendent patiemment le retour du père. La table est mise. Le repas est chaud. En silence, tout le monde s’assoit et mange sans un bruit.

Une fois le dîner terminé, l’enfant couché, sa femme va dans le coin chambre destiné aux parents, à l’opposé de celui du petit enfant.

Lui, il reste assis à table. Il regarde les restes du repas dans son assiette : des aliments reconstitués avec l’eau du robinet. Il lève un peu son regard et voit la carafe d’eau à moitié pleine. Il s’en sert un verre. Mais à peine a-t-il trempé ses lèvres dedans, qu’il le repose, se lève et prend dans le réfrigérateur une bière. En faisant le moins de bruit possible, il décapsule la bouteille et, une fois assis de nouveau sur sa chaise, il entame au goulot le contenu froid et alcoolisé.

Rude journée… Encore un activiste qui a voulu nuire à la collectivité ! En plus, il n’a honte de rien. Une fois dans le fourgon, ils ont voulu lui retirer sa cagoule et son masque qui l’empêchait de parler, afin qu’il puisse respirer convenablement. La seule chose qu’il a dite lors de son transport vers le centre de détention, c’était à propos de ses enfants. Eh bien, il fallait y penser avant ! S’il n’avait pas fait cette connerie de jeter des produits chimiques dans les conduites d’eau, ses enfants seraient toujours à l’école, et lui, il aurait toujours son boulot. Pauvre bougre… Même pas conscience de ce qu’il a fait. Toujours le même discours : «Je n’ai rien fait !» Ben voyons…

Fatigués de l’entendre, c’est son collègue qui a pris la décision de lui remettre le bâillon. Et devant les yeux en larmes, ces yeux de crocodiles qui cachent bien leur jeu, le soldat et père n’avait pas pu faire autrement que de lui remettre le sac noir sur la tête. Il ne supportait plus ce regard.

Stupide ! Si seulement les gens comprenaient que c’est pour leur bien, tout ça ?

Si seulement ?

Le père a fini sa bière et va se coucher. Les yeux embués, suppliants de cet ouvrier terroriste vont le hanter une bonne partie de la nuit. Il sait déjà qu’il va y avoir encore des émeutes. Il va encore devoir se salir les mains parce que des idiots ne comprennent pas que tout ça, c’est pour leur bien.

C’est notre société ! Il n’y en a pas d’autre. Et même s’il lui en coûte de matraquer des gens, ils ne sont pas raisonnables. Lui aussi fait ce qu’il peut pour notre société. Nous faisons tous ce que nous pouvons.


13 Nov 2019

Brouillard

Lorsque le vent emporte au loin les espoirs vains
Peut-être faudrait-il oublier "ce demain"
Lorsque la pluie inonde au cœur les rêves blancs
Peut-être faudrait-il ignorer "cet avant"

Si les jours sont des nuits, si la vue est brouillard
Pourquoi ce monde absurde est-il si illusoire
Pourquoi ces gens terrés dans leur caveau de haines
Pourquoi refuser, pour soi, pour eux cet éden

Pour croire un court instant
Que les biens sont printemps
Que blesser délectant

Pour jouir un temps furtif
Son ego éruptif
Son esprit si fautif

Étrange humanité et son spectacle abrupt
Condamnée à souffrir affolée et inculte

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09 Nov 2019

Étouffé

L'oiseau aux plumes argentées
Sous la tempête ébouriffé
Observe sa toison glacée
S'épancher au sol assoiffé

Envolés les reflets métal
De ses ailes sans idéal

De son œil perché dans le ciel
Le ver de terre couleur miel
Est une erreur existentielle
Dans ce tableau cicatriciel

Embourbés les parfums du val
Sous les épaisseurs automnales

Souvenirs d'un temps révolu
Où la vie pouvait être et fut
L'acier aujourd'hui répandu
Étouffe le serment déchu

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09 Nov 2019

Mon semblable

L'ivresse du vent sourd se déverse en l'instant
Grêle givrant l'amour sur le parvis d'antan
Les pensées dépassant ce filtre inexistant

Ô l'humain, mon semblable oubliant sa sagesse
Ton désir improbable est reflet de paresse
Cherche ailleurs un coupable et soigne ta détresse

Tes mots sont aveuglés
Ton regard est muet

Qu'un cyclone éclabousse encore et à tes cris
Le parfum de la brousse et la vie dépéri
Et le vil te détrousse, espoir évanoui

Ô terrien, compagnon de rêveries diffuses
Ton horizon sans fond se confond en excuses
De ne pouvoir, griffon, sauver ta douce muse

Ton souffle, c'est ta vie
Porte ton égérie

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09 Nov 2019

la vigie

Le vent évalue la vigie évoluant
Où cet espace inscrit cette tour sans élan
L'aventurier s'ennuie d'envies, et, délirant
Se souvient de ses cris jetés si déchirants

À bord de son navire aux ébats décimés
Il rêve d'un voyage aux plages avinées
L’alizé se répand sur son mat démonté
Et sa proue se voile d'un regard éventré

Se dressant de toute sa hauteur illicite
L'âme enchaînée chaque nuit meurt et ressuscite
Le marin des terres ensablées s'émancipe

Voulant imaginer un avenir lointain
Ses mots sourds-muets se figent en cadratins
Sons arythmés ou chant d'un passé enfantin

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