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18 May 2019

Lumière des échoués


L’hiver voudrait entrouvrir cette noire porte

Laisser entrer son regard dans ma petite chaumière

Puis, glissant ses pas loin de toute lumière

Prenant possession de mon vieux canapé, il m’accoste


Assis près du mur vitrifié, non loin de mon âtre

Je ressens ses lourdes mains glacées me caressant

Je réprime un sombre frisson, mon sang se glaçant

Et mon esprit embrumé pourtant de se débattre


Le contraste du chaud et du froid se répand dans mes veines

Il est un tableau où les couleurs ne sont que nuances de gris

Je peine à isoler mon existence et éviter d’en être aigri

Mes luttes face aux vagues déferlantes sont vaines


J’inspire plus librement, laissant flotter l’air

Mon cœur ne veut se givrer par ses larmes

Les images et les mots se multiplient, un vacarme

Dans ce corps immobile, échoué, ma seule galère


Le printemps et sa robe fleurie se présentent

Ses doigts de pollen viennent chatouiller mon nez

Les parfums entêtants voudraient bien me damner

Revêtant mon lit d’un drap poussiéreux qui me hante


Soumis aux effluves de l’encens qui partout se dispersent

Mes souvenirs s’enfuient et suivent cette étoffe qui virevolte

J’éprouve quelques douceurs contre lesquelles mon corps se révolte

Et mes pensées se mêlent à la sève qui partout se déverse


Aucune saison ne saurait éveiller une âme endormie

Aucune raison ne saurait étriller un jour infini

Alors passe le temps sur ces longues pages jaunies

Efface donc les traces, feuilles d’automnes amies


J’expire profondément, éventant jusqu’à mes entrailles

Mon cœur ne veut s’évaporer loin de ses flammes

Mes écrits s’ancrent aussi sûrement que mes drames

Enfantés par mes rimes, ma lumière par ce soupirail

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10 May 2019

Seaman's journey

— I —

Le bateau tangue de toutes parts
Voilà fort longtemps qu’il a quitté son port
Les planches vermoulues par l’effort
Laissent rentrer l’écume et l’effare

Le vent ruisselle le long de ses mâts percés
Depuis bien longtemps ses voiles ont séché
Enfouies tels trésors à fond de cale perchées
Ronger par les rats qui se sont évadés

La houle foudroie le dernier marin
Celui qui longtemps croyait revoir la terre
Sur ce radeau plus beau que sa misère
Il peine à se tenir debout chaque matin

La nuit se faufile dans tous les interstices
La perte du temps est une de ses conséquences
Sans Lune, sans Soleil, le marin est sans défense
Devant ces murs d’eau dressés en édifices

Le froid vient calfeutrer les derniers frissons
Lors d’un autre temps, il aurait pu sourire
Mais ses mains gelées ne peuvent plus écrire
Et pourtant son cœur de battre derrière son écusson

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— II —

Lorsqu’enfin il traverse son miroir
Le marin devient goéland
Lorsqu’enfin il se rappelle le lendemain

Les ailes qui furent sans espoir
Lorsque l’air fredonne son chant
Battent la mesure vers un pays lointain

Lorsque le ciel s’empare du noir le plus profond
Les yeux distinguent encore quelques étoiles
Lorsque les nuages tournent lentement la page

De ses pieds maladroits auprès des bas-fonds
Lorsqu’ils dansent en mesure, son esprit dévoile
Un calme plus serein si proche de son rivage

Lorsqu’il touchera terre, ses bras engourdis
Lorsqu’il s’assiéra à genoux, les yeux mi-clos

Lorsqu’il respirera l’air frais d’un matin gris
Son cœur pourra enfin connaître le repos

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07 May 2019

Valses lacrymales

Les valses des mensonges

Les envolées cyniques des bâtons

Les foulards lacrymaux


Mais où se situe l’être humain dans tout ce chaos

Pourquoi ce vacarme qui vaut autant que le silence


Les affronts faits aux faibles

Les éperons claqués par les forts

Les têtes ensemble gantées


Mais où nous mène cette indifférence aux souffrances

Pourquoi cette illusion de pouvoir et tant d’aisances


Les fuites en avant sans voir où ils vont

Les vindictes sans avenir

La main perdue cachant l’œil arraché


Mais comment peut-on être aussi sourd

À ces suppliques d’une équité enfin appliquée


Les vomissements médiatiques

Les coups de menton affairistes

Les hivers qui n’en finissent pas de pleurer


Mais où vont tous ces mots qui n’ont pas d’oreille

Et où va tout ce sang qui n’a plus de corps


Les pas se font courses apeurées

Les mains se font rivières de vacarmes

Et le lendemain, les visages se dispersent

Lorsque le balai vient nettoyer l’asphalte

Il ne reste plus du 1er mai qu’un pétale


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16 Apr 2019

A l'ombre du clocher

Lorsque les symboles se font prégnants
Lorsque le silence se fait écho à la fureur régnant
Lorsque les images se heurtent au moment présent

Pourquoi s'émouvoir d'une chose et pas d'une autre
Pourquoi accorder une importance
Quant le reste ne semble pas en avoir

Lorsque la flèche s'effondre sur les esprits contemporains
Lorsque le feu embrase les pensées du suzerain
Lorsque les mots sont vidés de leur sens d'airain

Pourquoi se mobiliser à nul autre pareil
Pourquoi soutenir une action souveraine
Quant le reste meurt dans l'indifférence

Lorsque les nuages sont gris des flammes
Lorsque la poussière recouvre nos âmes
Lorsque les questions deviennent des lames

Pourquoi l'argent dieu se révèle si prompt à sauver
Pourquoi l'avare ouvre soudain son portefeuille
Quant ils ne font rien pour ceux qui ne sont rien

Faut-il donc que les gains assumés corrompent
Faut-il donc que les mains bien huilées nous trompent
Faut-il donc être aveugle pour que la lumière s'estompe

Lorsque les hauteurs seront à nouveau élevées
Lorsque les décorations seront à nouveau prélevées
Verra-t-on celle qui à son ombre cherche à s'abriter

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10 Apr 2019

Annonce d'une publication d'un livre de poésie

Et voici l'annonce dont j'avais fait un peu de suspens...
Le livre "Chemin de vie" est enfin publié, au format papier couleur.

On peut trouver sa description ici : 

Il s'agit d'un livre de poésie, et non un recueil car celui-ci est organisé en chapitre et avec un déroulé volontaire. Ceci-dit, il est aussi possible de le lire en le feuilletant.
Il sera prochainement aussi disponible en format électronique.
A vous lire...
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09 Apr 2019

Valse nocturne

Où va le vent lorsqu'il dépasse la colline ?
Où va le nuage lorsqu'il disparaît du paysage ?
Où va l'eau lorsqu'elle s'enfuit après le virage ?
Où va la terre lorsque la boue dégouline ?

Le matin la Lune s'enfuit loin des yeux rêveurs
Le soir le Soleil retourne dans son alcôve et pleure

D'où vient le son de ta voix quand tu ne parles pas ?
Où est ton regard quand tes yeux sont fermés ?
Qu'as-tu en main quand tes doigts cessent d'aimer ?
Quel lieu quittes-tu quand tu presses le pas ?

La journée l'opaline se dévoile avec pudeur
La nuit l'ostensoir s'habille de sa candeur

Volent et virevoltent les images et les sons
Sombrent et encombrent les notes de mes chansons
Une valse qui refuse de tourner en contrefaçon
Un orage qui se tait espérant avoir appris sa leçon

Le temps ne saurait retrouver sa blancheur d'antan
Ni les éclats vermillons de ces anciens printemps

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26 Mar 2019

L'horloge indisposée

L’horloge ne fait plus tic et reste en toc
Les minutes ne sont plus quelques secondes
Mais un mélange de maux pris dans une ronde
Couchés sur du papier détrempé de coups d’estoc

L’aiguille la plus fine se tend entre ses deux sœurs
Flèches d’un temps qui voudrait attendre sa cible
Mais l’avenir est un poisson d’eau filante invisible
Et le batelier ne saurait éviter les haut-le-cœur

La corde du balancier se noue à l’idée de se noyer
Dans les brumes d’un vent que personne n’ose défier

De sa rame prête à imprimer les soubresauts
À sa compteuse, il toise l’abat-jour peureux
D’un instant figé si loin de ses remous terreux
Que les pendus se sont évanouis, maître sans vassaux

Le cercle des mouettes suspendues au point d’Hercule
Fragilise de leurs fientes les verres ainsi alignés
Les jours accusent les siècles d’un crime déjà signé
Le présent ne peut succéder au temps qui recule

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26 Mar 2019

Souffle d'airain

Soufflent sur le vent les mots de demain
Virevoltent sur les pages les sons d’airain

Ouvrir ses bras pour mieux les resserrer
Sur les hanches fatigués d'un vieil homme
Fermer les yeux pour mieux observer
Les pâles couleurs d'un temps économe

Subtilisent des poches enfantines les doux cris
Gilets d'antan sur mes épaules les écrits

Attendre que le temps refasse sa ronde
Espérant un tour de manège idéalisé
Inspirer cet air qui fuit chaque seconde
Vagues incessantes d'un esprit enlisé

Vrillent sur mes pages abîmées mes élans
Fustige cet hiver qui naquit au printemps

Poser sa tête aux pieds de la tendresse
Ses mains accolées comme une pyramide
Souffrir de ne pas avoir cette ivresse
Navire impétueux et pourtant si timide

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08 Mar 2019

La glace fond sur la branche de peuplier

La glace fond sur la branche de peuplier
Les gouttes s'épandent sur le sol étrillé
Leur ruissellement fonde cette rigole
Un lent bruissement de nature frivole

Assis sur l'écorce, les pattes alternant
Un pas de deux, de swing, un oiseau s'éveillant

Le filet de l'hiver fusionnant au printemps
En une rivière emportant hors du temps
Les limons putrides annonçant la clameur
D'une vie apatride attendant la chaleur

Ses ailes s'ébruitent, repoussant l'autre nuit
L'oiseau ouvre son cou, le froid enfin s'enfuit

Le cours d'eau éclabousse à l'envie tout autour
Les promesses de vie, fleurs et arbustes sourds
L'écume marine vient à son flux contact
S'oubliant, fusionnant, il resigne son pacte

Le chant s'envole au loin, aux couleurs des envies
Mon oiseau éveillé rend grâce à cette vie


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